La toux de chenil chez le chien au Québec : symptômes, contagion, vaccins et traitements

Depuis quelques années, plusieurs garderies canines, pensions et parcs à chiens au Québec rapportent des vagues de « toux de chenil » parfois plus longues, plus contagieuses ou différentes des cas classiques observés auparavant. Pourtant, beaucoup de gens croient encore que la toux de chenil est causée uniquement par la bactérie Bordetella bronchiseptica et qu’un vaccin protège contre tous les cas de toux de chenil.

La réalité est beaucoup plus nuancée.

La toux de chenil — aussi appelée complexe respiratoire infectieux canin (CRIC) — peut être causée par plusieurs virus et bactéries différents. Dans plusieurs éclosions des dernières années, Bordetella n’était même pas l’agent principal identifié. C’est d’ailleurs pourquoi un chien vacciné peut quand même attraper la toux de chenil.

Dans cet article, je t’explique :

  • ce qu’est réellement la toux de chenil
  • les différents microbes impliqués
  • pourquoi certains chiens vaccinés tombent quand même malades
  • l’efficacité réelle du vaccin Bordetella
  • les symptômes à surveiller
  • les traitements disponibles
  • quand consulter rapidement un vétérinaire
  • comment réduire les risques pour ton chien

Qu’est-ce que la toux de chenil ?

La toux de chenil n’est pas une seule maladie précise. C’est plutôt un terme utilisé pour décrire un ensemble d’infections respiratoires contagieuses chez le chien. En médecine vétérinaire, on parle maintenant davantage de complexe respiratoire infectieux canin (CRIC).

Un peu comme le « rhume » chez l’humain, plusieurs agents infectieux peuvent provoquer des symptômes très similaires appelés communément toux de chenil.

Les principaux agents impliqués sont des bactéries :

  • Bordetella bronchiseptica
  • Mycoplasma cynos
  • Streptococcus equi zooepidemicus

ou des virus :

  • Virus parainfluenza canin
  • Adénovirus canin de type 2
  • Virus influenza canin
  • Herpèsvirus canin
  • Coronavirus respiratoire canin
  • Pneumovirus respiratoire canin

Dans plusieurs cas, plusieurs microbes sont présents en même temps. Un virus peut fragiliser les voies respiratoires, puis permettre à une bactérie opportuniste de s’installer ensuite.

C’est une des raisons pour lesquelles certains chiens développent seulement une petite toux légère alors que d’autres deviennent beaucoup plus malades.

Est-ce que tous les cas de toux de chenil sont causés par Bordetella ?

Non.

C’est probablement une des plus grandes idées reçues concernant cette maladie.

Pendant longtemps, Bordetella bronchiseptica a été considérée comme le principal agent associé à la toux de chenil. Mais les études scientifiques utilisant des panels PCR respiratoires démontrent qu’une grande variété de virus et de bactéries peuvent être impliqués et causer la toux de chenil.

Au Québec, comme ailleurs en Amérique du Nord, plusieurs cliniques vétérinaires ont observé depuis quelques années des cas respiratoires où Bordetella n’était pas l’agent principal détecté. Cela explique pourquoi :

  • certains chiens vaccinés développent quand même une toux
  • certaines éclosions semblent plus longues ou inhabituelles
  • la sévérité varie énormément d’un chien à l’autre

Il est donc important de comprendre qu’une croyance du type « Mon chien est vacciné Bordetella, donc il ne peut pas attraper la toux de chenil » est totalement fausse.

Le vaccin peut aider à diminuer certains risques, mais il ne protège pas contre toutes les causes possibles du complexe respiratoire canin/toux de chenil.

Quels sont les symptômes de la toux de chenil ?

Le symptôme classique est une toux sèche, forte et répétitive. Plusieurs propriétaires décrivent une toux qui ressemble à :

  • un klaxon
  • un bruit de gorge irritée
  • une tentative de vomissement
  • un raclement après l’effort

Symptômes fréquents de la toux de chenil

  • toux sèche soudaine
  • haut-le-cœur après la toux
  • gorge sensible
  • éternuements
  • écoulement nasal
  • yeux qui coulent
  • fatigue légère
  • diminution de l’appétit
  • fièvre légère

Symptômes plus graves

Dans certains cas, surtout chez les chiots, les chiens âgés, les immunosupprimés ou les races brachycéphales, l’infection peut évoluer vers une pneumonie. Dans ce cas les signes d’urgence incluent :

  • respiration rapide
  • difficulté respiratoire
  • grande fatigue
  • refus de manger
  • gencives pâles ou bleutées
  • forte fièvre

Dans ces situations, une consultation vétérinaire rapide est importante.

Comment la toux de chenil se transmet-elle ?

La transmission se fait principalement par :

  • les gouttelettes respiratoires
  • le contact nez à nez
  • les bols partagés
  • les jouets
  • les surfaces contaminées
  • les endroits où plusieurs chiens se rassemblent

Les endroits à risque sont nombreux :

  • garderies canines
  • pensions
  • salon de toilettage
  • parcs à chiens
  • expositions et concours canins
  • écoles d’obéissance
  • cliniques vétérinaires
  • refuges et SPA/SPCA

La contagion peut commencer avant même l’apparition des symptômes chez le chien atteint.

Le vaccin contre la toux de chenil est-il vraiment efficace ?

La réponse est : oui, mais avec des limites importantes.

Le vaccin contre le Bordetella est considéré comme un vaccin « non essentiel » dans les lignes directrices de l’AAHA (American Animal Hospital Association). Il est recommandé selon le mode de vie et le niveau de risque du chien, au cas par cas. Autrement dit, ce n’est pas un vaccin universel obligatoire pour tous les chiens.

Ce que le vaccin peut faire :

  • réduire la sévérité des symptômes
  • diminuer la durée de la maladie
  • réduire partiellement le risque d’infection par certaines souches ciblées

Ce que le vaccin ne fait pas :

  • protéger contre tous les virus respiratoires
  • empêcher tous les cas de toux
  • garantir qu’un chien ne sera jamais contagieux

C’est exactement ce que démontrent les études récentes sur le complexe respiratoire canin. Certaines recherches montrent aussi que la protection peut être variable selon :

  • le type de vaccin utilisé
  • la voie d’administration (intranasale, orale ou injectable)
  • l’état immunitaire du chien
  • la présence infectieuse dans l’environnement

Les lignes directrices vétérinaires américaines reconnaissent d’ailleurs que l’efficacité clinique des vaccins Bordetella est réelle, mais imcomplète.

Vaccins intranasal, oral ou injectable : quelle différence ?

Vaccin intranasal : administré directement dans le nez du chien.

Avantages :

  • stimule l’immunité locale respiratoire
  • action souvent plus rapide
  • généralement considéré comme le plus pertinent pour les maladies respiratoires

Vaccin oral : administré dans la gueule du chien.

Avantages :

  • plus facile à administrer pour certains chiens
  • moins stressant pour le chien

Vaccin injectable : administré par injection.

Avantage :

  • utilisé lorsque les autres options ne sont pas possibles

Certaines études suggèrent que les vaccins intranasaux pourraient offrir une meilleure protection clinique respiratoire que les versions orales dans certaines situations.

Que dit la Dre Jean Dodds dmv concernant les vaccins ?

La Dre Jean Dodds est une vétérinaire connue pour ses travaux sur l’immunologie et les protocoles vaccinaux individualisés. Même si ses positions font parfois débat dans le milieu vétérinaire conventionnel, plusieurs de ses observations ont contribué à ouvrir la discussion sur :

  • la durée réelle de l’immunité vaccinale
  • l’importance d’éviter la sur-vaccination
  • l’utilisation des titres d’anticorps dans certains contextes
  • l’évaluation du risque individuel plutôt qu’une approche identique pour tous les chiens

Dans le cas de la toux de chenil, une approche équilibrée consiste à reconnaître deux choses en même temps :

1. Le vaccin peut réduire certains risques chez les chiens fortement exposés.

2. Aucun vaccin contre la toux de chenil n’offre une protection complète contre toutes les causes du complexe respiratoire canin.

Quels chiens devraient recevoir le vaccin Bordetella ?

Le vaccin peut être pertinent pour les chiens qui fréquentent une garderie, vont séjourner en pension, participent à des compétitions, fréquentent les parcs à chiens, sont exposés à de nombreux chiens comme dans un refuge ou une école d’obéissance.

À l’inverse, un chien vivant principalement à la maison avec peu de contacts canins dans ce type d’endroits n’a pas le même niveau de risque. La décision de vacciner ou non devrait idéalement être prise avec votre vétérinaire en tenant compte :

  • du style de vie
  • de l’âge
  • de l’état de santé
  • des risques réels d’exposition

Comment traite-t-on la toux de chenil ?

La majorité des cas guérissent avec du repos et du temps, tout comme pour la grippe chez l’humain.

Selon la situation, le vétérinaire peut recommander : le repos, d’éviter les efforts, l’utilisation d’un harnais plutôt que du collier, l’humidification de l’air, un antitussifs, un anti-inflammatoires, ou un antibiotiques dans certains cas bactériens. Les antibiotiques ne sont pas nécessaires dans tous les cas! Comme plusieurs infections sont virales, leur utilisation peut ne pas être la meilleure approche de traitement.

Combien de temps dure la toux de chenil ?

Les cas légers durent souvent entre 1 et 3 semaines. Cependant, certains chiens peuvent garder une irritation respiratoire plus longtemps.

Le chien peut aussi demeurer contagieux pendant plusieurs jours, parfois même après l’amélioration des symptômes.

Comment prévenir la toux de chenil ?

Aucune méthode n’offre une protection parfaite, mais certaines habitudes de vie diminuent clairement les risques.

Mes conseils de prévention sont les suivants :

  • éviter les contacts avec des chiens malades ou potentiellement infectés
  • quarantaine pour le ou les chiens au retour d’une exposition, un salon ou un concours canin et s’assurer que le chien n’est plus contagieux avant une prochaine sortie
  • garder une bonne ventilation dans les espaces fermés
  • réduire le stress chez le chien
  • maintenir une bonne alimentation
  • évaluer la pertinence du vaccin selon le mode de vie

Le point important à retenir est que la toux de chenil est beaucoup plus complexe qu’une simple infection à Bordetella.

Aujourd’hui, les connaissances vétérinaires montrent clairement qu’il s’agit d’un complexe respiratoire impliquant plusieurs virus et bactéries.

Le vaccin Bordetella peut être utile dans certaines situations, surtout chez les chiens très exposés, mais il ne protège pas contre toutes les causes possibles de toux de chenil.

L’objectif réaliste n’est pas la protection parfaite, mais réduire les risques et la gravité potentielle de la maladie selon le profil individuel du chien.

Une approche personnalisée et basée sur le mode de vie demeure généralement la plus logique.

FAQ – Questions fréquentes sur la toux de chenil

Est-ce qu’un chien vacciné peut attraper la toux de chenil ?

Oui. Le vaccin ne couvre pas toutes les causes du complexe respiratoire canin.

Est-ce que la toux de chenil est dangereuse ?

La majorité des cas sont légers, mais certains chiens peuvent développer des complications respiratoires sérieuses.

Est-ce que la toux de chenil est contagieuse ?

Oui, elle est très contagieuse entre chiens.

Combien de temps un chien est-il contagieux ?

Cela varie selon l’agent impliqué, mais plusieurs chiens peuvent être contagieux pendant plusieurs jours après la disparition des symptômes.

Est-ce que les antibiotiques sont toujours nécessaires ?

Non. Plusieurs cas sont principalement viraux.

Références et sources

American Animal Hospital Association (AAHA) – 2022 Canine Vaccination Guidelines

  [https://www.aaha.org/resources/2022-aaha-canine-vaccination-guidelines/](https://www.aaha.org/resources/2022-aaha-canine-vaccination-guidelines/)

AAHA – Bordetella, Canine Parainfluenza and Canine Influenza

  [https://www.aaha.org/resources/2022-aaha-canine-vaccination-guidelines/bordetella-canine-parainfluenza-and-canine-influenza/](https://www.aaha.org/resources/2022-aaha-canine-vaccination-guidelines/bordetella-canine-parainfluenza-and-canine-influenza/)

Ellis JA et al. Comparative efficacy of intranasal and oral vaccines against Bordetella bronchiseptica in dogs. The Veterinary Journal, 2016.

  [https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27256028/](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27256028/) Larson LJ et al. How well do vaccines for Bordetella bronchiseptica work in dogs? A critical review of the literature 1977–2014. The Veterinary Journal, 2015.

  [https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1090023315000672](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1090023315000672)

Gouvernement du Canada – Bordetella bronchiseptica

  [https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/biosecurite-biosurete-laboratoire/fiches-techniques-sante-securite-agents-pathogenes-evaluation-risques/bordetella-bronchiseptica.html]